Avec le fromage, ce sera du vin blanc !

Et pour le fromage, notre hôte bienveillant a prévu une bonne bouteille de rouge. Un instant d’hésitation de ma part, une légère ombre sur mon visage. Trop tard, je me suis trahi. Il a perçu mon regard sceptique et s’enquiert immédiatement du pourquoi du comment. Alors, j’explique.

Avec le fromage, on a l’habitude de servir du vin rouge. C’est une habitude bien ancrée, et pourtant, dans bien des cas, un vin blanc convient nettement mieux. Donc, même si tout est permis en matière de goût (Il y en a même qui mettent des ananas sur les pizzas), je vous invite à essayer le vin blanc pour accompagner le fromage.

Gâcher un grand cru avec le fromage

Vous avez gardé une belle bouteille de Bordeaux pour accompagner les fromages. Faites donc le test. Vous commencez par goûter le vin. Délicieux, du fruit, des tanins soyeux, une légère note boisée bien intégrée et une longue finale complexe. Mangez un morceau de formage et goûtez le vin à nouveau. Ce n’est plus du tout la même chose. Le fruit a presque disparu, les tanins sont asséchants, le vin paraît amer et a même un étrange goût de vieux clous rouillés (si si, j’ai déjà goûté un clou) dans le pire des cas. C’est purement chimique, les molécules de fromage présentes en bouche réagissent avec le vin rouge (surtout s’il est tanique) et font ressortir son amertume, et même un côté ferreux. A ce stade, une seule solution : boire le vin d’abord et manger le fromage ensuite. Idéalement avec un vin blanc.

Quelques accords de fromage et vins blancs

Ok Marc, on veut bien essayer, mais quel vin blanc choisir ? Tout dépend des fromages, évidemment, mais il y a quelques couples particulièrement harmonieux. Par exemple, le fromage de chèvre et les vins blancs à base du cépage sauvignon blanc de la Loire ou de Bordeaux. Pour les bleus comme le Roquefort, optez pour un vin liquoreux comme le Sauternes. Pour le Stilton, ce sera le Porto. Pour le Munster, rien de tel qu’un Gewurztraminer d’Alsace. Pour le Comté, un Vin Jaune ou un autre vin du Jura à base du cépage Savagnin sera grandiose. Et pour le Camembert, nous ferons une petite infidélité au vin pour servir un Cidre. Et pour les raclettes, fondues et tartiflettes que l’on dégustera toute l’année en 2021, ce seront également les vins blancs qui seront les plus appropriés.

Si vous tenez absolument à boire du vin rouge, tentez de la vieille mimolette avec un rouge fruité et peu de tanins. Pourquoi pas un vin du Beaujolais ? Dans cet esprit, on a vite compris que l’on pouvait accorder un fromage avec un vin, mais que – comme le dit très bien l’excellent Gérard Garroy – « Pour un plateau de fromages, il faut un plateau de vins ! ».

Et si on accompagne le fromage d’une petite salade ?

De son côté, la vinaigrette (à la moutarde ou pas), dézingue tous les vins sans leur donner la moindre chance de s’expliquer. Si vous tenez absolument à la salade, un petit truc que je tiens de mon ami Eric Boschman : tentez une vinaigrette à base de citron (pas de vinaigre donc) et cherchez un vin aux arômes d’agrumes, plein de fraîcheur, par exemple à base de Sauvignon.

Carafer le vin? Décanter le vin? Servir le vin dans des seaux?

La question revient régulièrement, sous des formes diverses, et les premières réponses proposées par une recherche Google ne sont pas forcément éclairantes. A mon tour donc, de tenter de clarifier la différence entre carafer le vin et décanter le vin.

Carafer le vin

Carafer le vin consiste à verser le vin de la bouteille dans une carafe dans le but de l’aérer. On recherche ici un contact généreux entre le vin et l’oxygène afin d’adoucir les tanins, d’arrondir le vin et de l’aider à dévoiler ses arômes. Cette pratique est destinée à mettre des vins jeunes en valeur afin d’en tirer un maximum de plaisir. Cela se fait régulièrement pour les vins rouges mais peut également être bénéfique pour certains vins blancs.

La carafe à aérer est large et offre une grande surface de contact entre le vin et l’oxygène. Le bouchon n’est pas nécessaire.

En général, carafer un vin jeune, un peu fermé, aux tanins un rien anguleux est une bonne idée qui augmentera le plaisir de la dégustation. A défaut de passage en carafe, on peut également servir le vin dans des grands verres afin de favoriser son aération. Mais avant de carafer, on conseille de goûter le vin et d’évaluer si c’est nécessaire.

Décanter le vin

Décanter le vin consiste à transvaser très délicatement le vin de la bouteille dans une carafe à décanter. Cette fois, l’objectif n’est pas de favoriser le contact du vin avec l’oxygène mais bien de séparer le liquide des résidus solides déposés dans la bouteille. Cette manœuvre délicate est destinée aux vins d’un certain âge dont les lies se déposent dans le fond de la bouteille.

Idéalement, la bouteille de vin à décanter était entreposée en position horizontale dans la cave ou l’armoire à vin. Généralement, étiquette vers le haut, comme ça on sait que la matière solide s’est déposée sur la parois opposée. On ouvre alors délicatement la bouteille et on verse le vin tout doucement dans la carafe à décanter en veillant à laisser les résidus dans la bouteille, idéalement au niveau de l’épaule. Les pros iront jusqu’à placer une bougie allumée sous le goulot de la bouteille afin de mieux voir le moment où les impuretés sont sur le point d’être versées dans la carafe. C’est le moment d’arrêter l’opération. Pour faciliter la tâche, on peut commencer par mettre la bouteille en position verticale pendant une heure ou deux avant de décanter. Les résidus auront alors glissé sur la paroi vers le fond de la bouteille, ce qui diminuera encore le risque de les transvaser dans la carafe à décanter.

La carafe à décanter ou le décanteur est étroit et offre peu de contact entre le vin et l’oxygène. Idéalement, un bouchon limite les échanges.

Décanter un vieux vin est une opération délicate qui n’est pas toujours recommandée. En effet, le contact avec l’oxygène durant l’opération peut flinguer le vin en dissipant ses arômes fins et délicat. Placer la bouteille en position verticale pendant une heure et servir directement à partir de la bouteille avec une grande délicatesse s’avère souvent être la meilleure solution pour profiter au mieux de breuvages anciens. On évitera également de servir le précieux nectar dans les seaux très à la mode. Le contact violent avec l’oxygène dénaturant et dissipant les arômes les plus subtils. En gros, on évite le show inutile qui risque de détériorer le vin 😉

Vins d’Alsace et cuisine actuelle

Les vins d’Alsace sont trop souvent considérés comme légèrement surannés alors qu’ils s’accordent particulièrement bien avec la cuisine actuelle. Ne les réservez donc pas uniquement pour la choucroute, le baeckeofe, la flammekueche, le munster ou les bretzels. Les vins d’Alsace se marient parfaitement avec les sushis, les rāmen, la cuisine chinoise, la cuisine thaï, les tajines et couscous, la cuisine mexicaine, les délicieuses spécialités indiennes, les salades composées ou le poke bowl hawaïen. Voici donc quelques pistes pour choisir le vin alsacien qui conviendra le mieux avec votre plat du jour 😉

Apéro avec mini nems, loempias et samossas et Crémant d’Alsace ou Edelzwicker
C’est le moment de sortir votre meilleur Crémant d’Alsace dont la fraîcheur ouvre l’appétit et garde la bouche en éveil en jouant le contraste avec le gras des nems, loempias et samossas et la sauce aigre-douce qui les accompagne généralement. Et pour ceux qui ne sont pas fans de bulles, c’est le moment de vous parler de l’Edelzwicker, cet assemblage de cépages blancs, sans indication de pourcentage. Les cépages peuvent être vinifiés ensemble ou séparément. La mention du millésime est facultative. Historiquement, ces différents cépages étaient issus de la même parcelle. Appelés à l’origine « Zwicker » (assemblage), on a rajouté le préfixe d’Edel (noble) pour marquer la présence de cépages nobles choisis pour remplacer les cépages gros producteurs.  L’Edelzwicker reste un vin généralement simple et facile à boire, alliant fruité et fraîcheur en bouche. Parfait pour compenser la richesse des amuse-bouche.

Makis, sashimis, sushis et Riesling d’Alsace

Makis, sashimis, sushis et Riesling d’Alsace
Pour accompagner ces délices d’origine japonaise, nous cherchons un vin blanc qui allie équilibre, fraîcheur et finesse. C’est le moment de faire entrer le Riesling d’Alsace en scène, évidemment paré de ses plus subtils arômes. Son bouquet d’une grande finesse s’accordera à merveille avec la texture et la saveur fine des makis, sashimis et sushis.

Tajines et couscous et Muscat d’Alsace
Voici des recettes qui embaument toute la maison lorsqu’on les préparent. Des légumes, des notes sucrées, des épices (cannelle, girofle, piment) et des herbes fraîches, c’est le Muscat d’Alsace qui se mêlera avec le plus de sensualité à ces saveurs envoûtantes. Le côté très aromatique, fruité et floral du muscat, ainsi que sa légère sucrosité s’expriment avec la plus grande des voluptés. Un vrai festival de saveurs !

Poulet Tandoori et Gewurztraminer d’Alsace

Cuisine indienne et Pinot Gris d’Alsace
Généralement peu intense mais d’une grande complexité aromatique, le Pinot Gris développe des notes fumées typiques ainsi que des effluves gourmandes de fruits secs, abricot, miel, cire d’abeille, pain d’épices… Ce vin ample et charnu est soutenu par une jolie tension qui donne de la plénitude à un ensemble bien charpenté. La finale est longue, bien équilibrée. Sa complexité aromatique, sa texture onctueuse, sont parfaites avec de nombreux plats indiens. Le Gewurztraminer d’Alsace fonctionne aussi très bien.

Cuisine thaï et Pinot Gris ou Gewurztraminer
Il est bien sûr difficile de réduire la cuisine thaï à un seul groupe de saveur tant elle est diverse et variée. Nous ferons donc un raccourci en pensant aux épices et herbes alliant chaleur et fraîcheur, ainsi qu’aux notes sucrées ici et là pour conseiller les vins d’Alsace à base de Pinot Gris ou de Gewurztraminer.

Tacos et Gewurztraminer d’Alsace

Cuisine mexicaine et Gewurztraminer d’Alsace
Guacamole, fajitas, empanadas, tacos, tortillas, enchiladas, burritos, salade de riz rouge, chili con carne, … de nombreux plats d’origine mexicaine nous ont conquis avec leurs saveurs ensoleillées et les festival de couleur. Pour les accompagner, un vin blanc polyvalent, bon partenaire du sucré-salé comme des épices bien relevées. C’est à nouveau le Gewurztraminer d’Alsace qui proposera les accords les plus chauds.

Salades ou légumes crus et Sylvaner d’Alsace
Pour les salades et légumes crus, nous cherchons un vin blanc frais, pas trop puissant, qui ne se laisse pas complètement anéantir par les vinaigrettes et autres assaisonnements à l’acidité marquée. Le Sylvaner d’Alsace est un vin fruité et floral caractérisé par des notes d’agrumes, de fleurs blanches et d’herbes fraîchement coupées. S’il est difficile d’associer vin et vinaigrette, le Sylvaner d’Alsace fait pourtant des merveilles avec les salades et les crudités en y apportant ses notes finement végétales, sa légèreté, tout en gardant fermement le cap. 

Asperges de Muscat d’Alsace
Mais qu’est-ce que les asperges viennent faire dans cette liste de plats ? Les asperges, c’est un délice bien de chez nous, et la saison commence maintenant. On évite les vins rouges et les blancs trop riches. Un Muscat d’Alsace qui mêlent les arômes de raisins aux saveurs florales fera très bien l’affaire. En effet, l’asperge révèle en fin de bouche une pointe d’amertume qui dénature les arômes de la plupart des vins. Le Muscat d’Alsace relève le défi, partageant avec elle une amertume tout en finesse, qu’il enrobe de son fruité croquant et exquis.

Poke Bowl et Riesling d’Alsace
Pour accompagner les Poke Bowl, ce plat d’origine hawaïenne qui a conquis le monde entier, nous opterons à nouveau pour le Riesling d’Alsace. Ce plat à base de dés de poisson crus marinés dans un mélange à base de sauce soja, présentés dans un bol, a conquis la planète food en quelques mois. Si le thon est le poisson le plus largement utilisé, on peut aussi préparer son poke bowl avec du saumon, et l’agrémenter à l’envi de riz, d’oignon nouveau ou d’oignon rouge émincé, de fèves edamames, de tranches de concombre, de gingembre mariné ou de graines de sésame.

Et les spécialités alsaciennes
Et si on souhaite marier les vins d’Alsace avec les plats de leur région d’origine, on fait comment ? Et bien c’est simple, on se laisse guider par la tradition et on fait confiance aux habitudes locales. On fera par exemple Choucroute et Riesling, Flammekueche et Sylvaner, Munster et Gewurztraminer, …

Bon, c’est le moment de vous inviter à découvrir notre sélection de vin d’Alsace bio du Domaine Stoeffler à Barr, non ?

Pâtes au thon et tomates sechées

Pour certains, les pates au thon évoquent les grandes tablées des mouvements de jeunesse. Pour d’autres, ce sont les fins de mois difficiles en kot. Pour moi, c’est une recette simple et savoureuse qui se marie très bien avec un bon verre de vin blanc.

Ingrédients
– 125 grammes de pates par personne
– boîte de thon
– boîte de tomates séchées à l’huile
– piment
– ail
– huile d’olive

Préparation
– cuire les pates selon votre goût, perso, je vise minimum 1 minute de moins que le temps de cuisson recommandé pour éviter les pates trop molles
– égoutter les pates et réserver quelques cuillères à soupe d’eau de cuisson
– émincer l’ail et le piment
– les faire revenir à feu doux dans un fond d’huile d’olive
– ajouter le thon et faire revenir quelques minutes
– ajouter les tomates séchées bien égouttées faire revenir le temps de les réchauffer
– incorporer les pates et ajouter un rien d’eau de cuisson pour éviter que ça n’accroche et lier le tout
– servir bien chaud et déguster !

PS : pas besoin de parmesan, le tout est déjà suffisamment savoureux, mais bon si vous y tenez, lâchez vous, on n’en fera pas tout un fromage 😉

Et pour le vin
Perso, j’aime accompagner ces pates d’un verre de vin blanc ample et gras, avec du fruit et une point d’acidité en finale. Il peut se montrer discret par rapport au plat qu’il se doit d’accompagner sans trop faire le malin. En ce moment, c’est la Cuvée Constance Blanche 2019 du Domaine Thunevin-Calvet qui a ma préférence.